
Métro : Javel André-Citroën (Ligne 10)
RER : Javel (RER C)
Lieu notable : Ancien siège de Canal+
De 1915 à 1974, on trouvait ici les usines de la société automobiles Citroën. Ce Quai est donc un hommage au fondateur de cette société française.
Elle a bien grandi la chaîne cryptée lorsqu’elle s’installe dans son nouveau siège en 1992. C’est à l’architecte américain Richard Meier que l’on doit ce grand bâtiment blanc – composé de deux parties distinctes jointes par une passerelle – spécialement conçu pour accueillir les équipes de Canal+. C’est un nouveau chapitre qui s’écrit pour ce qui est à l’époque la quatrième chaîne, celui de son âge d’or mais également de sa transformation en un puissant médium s’éloignant progressivement de l’«esprit Canal » des origines.
Dans le bâtiment, c’est un sentiment de luminosité qui prévaut entre la couleur blanche dominante et les grandes baies vitrées. Un grand amphithéâtre permet la projection d’avant-premières et l’organisation d’événements. Une terrasse offre au personnel l’occasion de s’aérer mais, tout comme rue Olivier de Serres, c’est également l’opportunité de faire des duplex, comme les bulletins météo, tout en valorisant l’esprit d’entreprise de la chaîne. Cette volonté d’inscrire l’esprit d’entreprise se retrouve dans les signalétiques du bâtiment qui reprennent la typographie du logo (Futura revisité pour la chaîne) et de l’habillage visuel de Canal+, oeuvres d’Etienne Robial.

Les émissions sont enregistrées au sous-sol. Il suffit alors au public de patienter à l’extérieur devant l’entrée principale, située rue des Cévennes, et de descendre sur le côté gauche évitant ainsi de croiser les différents employés de la chaîne mais déjà il peut avoir une idée de l’ambiance des lieux avec cette entrée imposante.
Cette période qui s’ouvre en 1992 permet donc à la chaîne d’asseoir son succès mais également de confirmer que les événements télévisuels se déroulent sur Canal+ et nulle part ailleurs. L’émission éponyme, avec à sa tête les Guignols de l’info, devient un phénomène de société. Progressivement, l’émission quotidienne propose également des sessions live. C’est aussi une fenêtre sur la vie de la chaîne à travers ses animateurs emblématiques Philippe Gildas, Antoine de Caunes ou bien encore José Garcia. Nombre d’artistes auront fait leurs premiers pas télévisuels au sein de cette émission quai André Citroën comme Jamel Debbouze, Omar Sy, Benoît Poelvoorde et bien d’autres.

C’est en grande pompe que Canal+ fête ainsi son dixième anniversaire, le plateau de Nulle part ailleurs devenant le centre des festivités. Une réussite éclatante où l’on veut croire que l’esprit des débuts est toujours bien présent. Mais Canal+ est une chaîne qui fonctionne comme les autres chaînes avec une logique commerciale et ses coups d’éclats. Ainsi son président fondateur André Rousselet n’aura pas pu assister à cet anniversaire puisque quelques mois plus tôt, à la faveur de la loi Carignon permettant de porter la part d’un actionnaire principal de 25% à 49% du capital d’une chaîne, le président de Canal+ est mis en minorité et se voit contraint à la démission. C’est Pierre Lescure, alors directeur général, qui prend la tête du groupe favorisant ainsi une continuité avec le Canal+ des débuts.
A l’antenne la mue de la chaîne se visualise à la rentrée 1995 avec l’abandon du logo emblématique de l’ellipse au profit d’un logo cartouche en noir et blanc et déclinable à volonté dans le nouvel habillage de la quatrième chaîne.
La seconde secousse de la chaîne interviendra au début des années 2000 avec l’arrivée de Jean-Marie Messier à la tête du groupe Vivendi alors actionnaire majoritaire. Le projet est de fusionner le groupe Canal+ avec Vivendi et le groupe Universal créant ainsi un mastodonte dans l’univers des média et du cinéma. Symboliquement, Alain de Greef, directeur historique des programmes de la chaîne, est remplacé au début de l’année 2000. Quant à Pierre Lescure, il est limogé au printemps 2002 (Jean-Marie Messier le suivra quelques mois plus tard). A l’antenne les programmes s’interrompent avec un direct depuis le studio de feu Nulle part ailleurs traduisant le malaise perceptible au sein de la chaîne. Pendant quelques mois, Xavier Couture, ancien numéro 3 de TF1, remplace Pierre Lescure. Tout un symbole qui clôture ainsi cette évolution de la quatrième chaîne. En 2003, Bertrand Meheut prend la présidence de la chaîne ce qui se traduit par un déménagement dans un nouveau siège à Issy les Moulineaux dans la continuité du plan de restructuration de Canal+.

Le quai André Citroën aura donc été le témoin de l’apogée de la chaine à son relatif déclin mais surtout à sa mutation nécessaire dans un marché de plus en plus concurrentiel face à l’avènement de nouveaux médias tels qu’internet.
A la suite du départ de Canal+, c’est le ministère de la justice qui prend possession des lieux pendant une durée de dix ans. Rencontre de deux univers qui n’avaient rien en commun pour entamer une cohabitation, les studios du sous-sol garderont leurs activités télévisuelles. En effet AMP Visual TV et Studios de France y établiront les Studios Rive Gauche qui, jusqu’aujourd’hui, continuent d’être le lieu de tournage d’émissions telles que Quotidien sur TMC ou 28 minutes sur ARTE. A la suite du départ du ministère de la justice en 2015, le groupe Lagardère installera les activités de audiovisuelles de son groupe plus particulièrement ses stations de radio (Europe 1, RFM et Virgin Radio) ainsi que Paris Match et le Journal du dimanche. A l’occasion de la réhabilitation du bâtiment, l’immeuble est baptisé « Jade » du prénom de l’épouse d’Arnaud Lagardère.
L’histoire télévisuelle réserve toujours des surprises. En effet, le groupe Bolloré, via Vivendi, est le principale actionnaire du groupe Lagardère mais également du groupe Canal+. Un rapprochement éditorial est opéré entre Europe 1 et la chaîne d’information de Canal+, CNEWS depuis 2022. Le groupe Canal+ fait donc son retour par ce biais quai André Citroën, plus de 15 ans après son départ. Ce retour se consolidera à la rentrée de septembre 2023 avec la venue de la chaîne d’information de Canal+ dans les locaux de l’immeuble. Une nouvelle cohabitation au sein de l’édifice mais cette fois entre deux mondes : celui de Quotidien et celui de CNEWS.
Au mois de novembre 2024, Canal+ fête ses 40 ans. Au même endroit où la chaîne avait fêté ses précédentes décennies dans l’immeuble du quai André Citroën, cet anniversaire est célébré…sur TMC appartenant au groupe TF1. Il n’y a pas d’erreur dans la rédaction de ce paragraphe. En effet, le mercredi 13 novembre 2024, l’équipe de Quotidien (TMC) fête les 40 ans de la 4ème chaîne mais également les 20 ans du Grand Journal (émission phare de Canal+ créé et présentée notamment par Michel Denisot) à travers l’émission événement « Michel Denisot n’aime pas les anniversaires » (le journaliste fêtant également son 80ème anniversaire en 2025). Une programmation télévisuelle qui ne manque pas de piquant quand on se remémore la rivalité par écrans interposés entre TF1 et Canal+ durant les années 90. Toutefois, c’est en toute logique que ces anniversaires sont ainsi célébrés à l’écran puisque Yann Barthès et une partie de l’équipe de Quotidien ont démarré avec Michel Denisot sur Canal+.

Les Studios Rive Gauche continueront d’écrire le récit télévisuel en France. C’est ainsi que le 6 juin 2025 alors que Canal+ – pour qui le bâtiment avait initialement construit – cesse d’être la 4ème chaîne française (par décision du groupe), une nouvelle chaîne voit le jour en prenant le numéro 18 sur la TNT : T18. Ce nouveau canal (propriété du groupe CMI de Daniel Křetínský) ouvre son antenne à 19h45 depuis les studios du Quai André Citroën. Ce sera d’ailleurs ici que se dérouleront les 3 principales émissions en plateau de la chaîne.
Depuis la régie (avec une ouverture antenne similaire à Canal+, près de 40 ans auparavant), Valérie Salomon, Président de CMI France, Denis Olivennes, Président du conseil de surveillance de CMI France (l’homme connaît d’ailleurs bien les lieux pour avoir été Directeur général de Canal+), et Christopher Baldelli, Président de T18, lancent officiellement la chaîne : « T18, c’est parti. ». Clin d’oeil ultime aux lieux et à Canal+ ? L’habillage visuel ainsi que le logo sont l’oeuvre d’Etienne Robial qui fut à l’origine de toute la conception graphique de l’ex-4ème chaîne pendant près de 25 ans.
Laurent Ruquier présente depuis ces studios la première émission T18, c’est maintenant ! avec notamment les visages de ceux qui écriront les premiers chapitres de la chaîne, Matthieu Croissandeau et Ava Djamshidi.
L’histoire de la télévision nous réservera sans doute encore d’autres surprises au 85-89 Quai André Citroën.
Photos©Balades télévisuelles
Dernière mise à jour : 07/06/2025

Une réflexion sur “85-89 quai André Citroën (Paris 15ème)”