
Métro : Mairie de Montreuil (Ligne 9)
Lieu notable : Anciens studios de France Animation
« Depuis le grand cataclysme, les Arkadiens vivaient blottis au centre de la terre. Ils avaient tout oublié de leur passé, ainsi l’avaient voulu leurs ancêtres. Jusqu’au jour où leur soleil, le Shagma tomba malade… ».
Nul doute que les enfants des années 80 se souviennent de ce monologue qui introduisait chaque épisode des Mondes engloutis. C’est ici qu’Arkana, Spartacus, Bob, Rebbeca et tous les personnages de ce dessin animé ont pris forme. Si Montreuil est intimement lié à l’Histoire du cinéma – Georges Méliès y a établi ses studios cinématographiques –, la ville aura également marqué l’Histoire de l’animation télévisuelle.

Au début de cette décennie, la France vit un tournant politique avec des répercussions notamment dans le domaine audiovisuel. C’est dans ce contexte qu’est initié le plan image en 1983 par le ministre de la Culture de l’époque, Jack Lang. L’idée est alors de redonner de la vivacité au monde cinématographique et télévisuel. C’est ainsi qu’est créée France Animation au mois de septembre 1984 ici à Montreuil. A la tête se trouve le producteur Gilbert Wolmark dont l’épouse, Nina Wolmark, a déjà participé à une co-production franco-japonaise, Ulysse 31. L’objectif de France Animation est justement de pouvoir se distinguer de la production animée japonaise qui déferle avec succès sur les écrans français depuis un été 1978 et l’arrivée de Goldorak. Le souhait est également de pouvoir répondre à la production américaine en ce domaine avec en ligne de mire Walt Disney qui a lancé sa propre chaîne de télévision outre atlantique en 1983.
Avant France Animation, les Mondes engloutis prennent la forme d’un pilote produit par la SFP au printemps 1984. La création du studio à l’automne de la même année permettra de pouvoir véritablement mettre en branle une première saison de 26 épisodes. L’équipe mise en place de près de 400 dessinateurs œuvre dans ces locaux de Montreuil sur 1200 mètres carrés. Le scénario écrit par Nina Wolmark permet de retrouver ce qui avait fait la force d’Ulysse 31 à savoir une quête (sauver le Shagma, le soleil d’Arkadia) tout en explorant différents mondes (les strates) à travers l’évocation de personnages et de légendes issus du folklore ou même parfois de la réalité (Einstein).
La coproduction est assurée par Antenne 2 (qui sera également le diffuseur), Télé Hachette, RMC audiovisuel, La Compagnie Générale du Jouet et le ministère de la culture. Les dessinateurs et animateurs travaillent dans les studios de Montreuil puis transmettent les différents celluloïds à la société Images-Ordinateur à Angoulême pour qu’ils puissent être filmés. Le produit quasi fini revient ensuite rue Gaston Lauriau pour être synchronisé au niveau sonore. Pour accompagner la série, France Animation met en place une stratégie marketing qui a fait ses preuves sur des productions étrangères : Produits dérivés (notamment de jouets avec la Compagnie Générale du Jouet ce qui permet de financer en partie le dessin animé), livres et bandes dessinés mais surtout une bande originale avec un grand nom en ce domaine, Vladimir Cosma. Les génériques sont interprétés par un groupe de jeunes chanteurs – les Mini-Star- qui a connu le succès quelques mois auparavant avec leur titre Danse autours de la terre.

C’est au mois de septembre 1985 que les Mondes engloutis commencent à être diffusés dans l’émission phare de la jeunesse, Récré A2. Le succès est au rendez-vous et déjà une deuxième saison est mise en production à Montreuil.
Parallèlement, France Animation travaille sur une adaptation animée de l’œuvre de Roger Lécureux et d’André Chéret, Rahan. Ce dessin animé de 26 épisodes sera diffusé sur Canal+ en 1987 avant de connaître une première diffusion en clair sur TF1 l’année suivante. Le marketing sera là-aussi mis en avant aidé notamment par le journal qui a l’a vu naître, Pif Gadget.
D’autres séries seront produites au sein des studios de Montreuil comme Sos Polluards mais sans doute aucune autre n’aura eu le même impact que Les Mondes engloutis. En 1996, Wanadoo (actuel Orange) rachète les studios, ce qui signifiera la fin de cette première aventure à Montreuil. Ce sera ensuite Antefilms (Funky Cops) qui rachètera France Animation à Wanadoo en 2003. L’ensemble deviendra MoonScoop (Titeuf, Code Lyoko) qui disparaîtra suite à sa liquidation judiciaire en 2014.
Il ne reste aujourd’hui aucune trace de cette incroyable aventure et de l’ensemble de ces artistes qui ont œuvré ici même à la création d’œuvres télévisuelles qui auront assurément marqué leur époque.
Photos©Balades télévisuelles

Une réflexion sur “51 rue Gaston Lauriau (Montreuil)”